Jusqu’au 24 juin 2025, lcontinent africain a enregistré 168 000 cas de choléra, soit 60 % du taux mondial. La RDC et le Soudan du Sud sont en tête d’affiche, croupissant sous le poids de la guerre, la détérioration du système de santé et le changement climatique. Parallèlement, la même RDC est en tête avec des effectifs records du Mpox avec notamment plus ou moins 91 % des cas confirmés. C’est un double poids sur le système sanitaire africain, quoique le CDC rassure quant aux efforts colossaux déployés pour maintenir la situation sous contrôle. Cet article fait un tour d’horizon de la situation sanitaire sur le continent, alliant situation, efforts et solutions.
Alors que l’épidémie de Mpox montre enfin des signes de ralentissement sur le continent, le Centre africain de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC) tire la sonnette d’alarme face à une résurgence inquiétante du choléra. Le briefing hebdomadaire tenu ce jeudi 26 juin 2025 a dressé un tableau contrasté de la situation sanitaire en Afrique.
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Mpox : la courbe s’inverse, mais la vigilance reste de mise

Avec plus de 150 000 cas suspects et plus de 41 000 cas confirmés depuis début 2024, le Mpox (ou variole du singe) continue de peser lourd sur les systèmes de santé africains. Cependant, une tendance à la baisse est observée, en particulier dans les pays les plus touchés comme la RDC, l’Ouganda, le Burundi et la Sierra Leone.
« Une baisse continue est enregistrée, mais elle ne doit pas conduire au relâchement », a averti le Dr Jean Kaseya, directeur général d’Africa CDC.
RDC, épicentre du virus
La RDC reste l’épicentre, avec 21 554 cas confirmés, concentrés dans six provinces dont le Nord-Kivu. La Sierra Leone affiche une couverture de tests de 100 %, mais un taux de positivité alarmant à 91 %. L’organisation prévoit le déploiement de 200 agents communautaires pour intensifier la recherche active de cas et le suivi des contacts, rassure le Dr Jean Kaseya du CDC.
Vaccination : progrès notables, mais inégalités persistantes

Plus de 3 millions de doses de vaccins Mpox ont été livrées à 11 pays, dont 698 000 personnes déjà vaccinées, note le CDC. En particulier, la RDC représente 77 % des vaccinés grâce à l’introduction des deux types de vaccins : MVA-BN et LC16m8.
La Sierra Leone à son tour, a lancé sa deuxième campagne de vaccination ciblant 66 000 personnes en 10 jours afin de tenter de protéger les groupes à risque dans les 16 districts du pays.
Choléra, cette autre crise silencieuse
Moins médiatisé, le choléra continue de se propager rapidement, alerte le CDC. En date du 23 juin, plus de 168 000 cas et 3 378 décès ont été recensés sur le continent. L’Afrique concentre aujourd’hui 60 % des cas et 93,5 % des décès mondiaux liés à cette maladie.
En RDC, les provinces de l’Est (Nord-Kivu, Sud-Kivu, Tanganyika…) sont en alerte rouge. Cette situation est d’autant plus critique que la maladie se propage dans des zones fauchées par la crise sécuritaire, parfois sans contrôle des autorités sanitaires.
À Goma, capitale du Nord-Kivu, l’accès difficile à l’eau potable n’a fait qu’amplifier la situation, faisant galoper le nombre des victimes.
Une eau sale et parfois non chlorée

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Alors qu’en général la population n’utilise que l’eau du lac, cette eau est parfois non chlorée, surtout dans des quartiers où la régie de distribution d’eau (regideso) a du mal à desservir les habitants.
Dans la partie ouest de la ville par exemple, les autorités sanitaires ont alerté sur l’augmentation des cas d’hospitalisation des malades atteints du choléra, attribuant cela la consommation d’une eau impropre et souvent non chlorée, ou intolérable au chlore.
« Les points de chloration au Lac Vert ont été abandonnés il y a plusieurs années. Après que le chlore se soit montré inefficace à éliminer les vibrions du choléra dans l’eau, la maladie a refait surface » a expliqué Paul Mulolwa, infirmier titulaire au centre de santé Mugunga (partie ouest de Goma), interrogé par aupic, la semaine du 20 juin 2025.
« Notre centre de santé de Mugunga, n’a que 21 lits et est régulièrement submergé. Son taux d’occupation dépasse souvent les 100%. Nous sommes souvent obligés de transférer les patients vers le centre de traitement du choléra de Buhimba, également situé dans le quartier Lac Vert (quartier ouest de la ville). Début 2025, notre centre a même enregistré un taux d’occupation de 300%, forçant les patients à partager les lits », explique Paul.
Parallèlement, Kinshasa a enregistré un taux de létalité record de 15,4 %, notamment dans les quartiers insalubres de la capitale, en l’occurrence Kokolo ou Limete.
En Angola, 706 000 doses de vaccin oral ont été administrées dans sept provinces prioritaires.
Alors que le Soudan, déjà en proie à une guerre, fait aussi face à une flambée meurtrière, notamment dans les camps de déplacés du Darfour et à Khartoum, où 90 % des stations d’eau sont hors service.
Le CDC regrette que les situations existantes aient connu une amplification, conséquence directe du «changement climatique, des conflits armés et l’effondrement des infrastructures hydrauliques aggravent la situation ».
Une réponse intégrée en préparation
Pour faire face à ces crises multiples, Africa CDC prévoit d’intensifier la coordination régionale et de renforcer la surveillance communautaire, la communication des risques et l’accès à la vaccination.
L’institution recommande aussi de soutenir les systèmes de santé nationaux et d’utiliser des technologies modernes comme l’intelligence artificielle responsable pour anticiper et gérer les futures épidémies.
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John TSONGO
Journaliste scientifique spécialisé en questions de science, santé et environnement, chercheur, écrivain et cofondateur de la Radio Panafricaine
