Difficile d’y croire si l’on n’est pas informé. Pourtant, c’est réel. C’est réel : jusqu’en juillet 2025, plus de 182 506 personnes ont été atteintes de choléra et 82 % de ce chiffre se trouvent en Afrique, a alerté le « Center for Disease Control », Africa CDC de l’Union africaine.
Il s’agit d’une situation non sans inquiétude, mais d’une urgence de santé publique. La population, première victime du choléra, semble n’en savoir grand-chose. Pourtant, c’est l’information qui éclaire la prévention et toute autre forme de précaution à prendre. La Radio Panafricaine en fait écho. Elle reçoit pour cette occasion le Docteur Clément Ntawiha.
Médecin, enseignant d’universités dans l’Est de la République démocratique du Congo, Clément est aujourd’hui (juillet 2025) médecin à l’hôpital « Padiyath Medicity », communément appelé Hôpital du Cinquantenaire, en ville-province de Kinshasa, capitale du pays.
Dans un entretien à bâtons rompus avec John TSONGO, Clément brosse tout ce qui tourne autour du choléra, de la compréhension conceptuelle aux causes, en passant par les symptômes, l’incidence ou encore les moyens de prévention, sans omettre les politiques publiques devant être appliquées pour endiguer le choléra.
Lire aussi : Afrique santé : Mpox et choléra, que reste-t-il à faire pour en finir ?
Radio Panafricaine : Bonjour Docteur Clément Ntawiha. Vous êtes médecin traitant à l’hôpital du Cinquantenaire, à Kinshasa, en République démocratique. Nous vous rencontrons à votre cabinet pour parler du choléra. Docteur, c’est quoi le choléra ?
Dr Niclém : Le choléra est une maladie infectieuse intestinale transmise à l’homme par le Vibrio cholerae, une bactérie.
Radio Panafricaine : Quelles en sont les causes ?
Dr Niclém : Le choléra est causé par les bactéries du genre Vibrio cholerae, très présentes dans l’eau et les endroits insalubres.
Radio Panafricaine : Comment le choléra se manifeste-t-il sur l’organisme humain ?
Dr Niclém : Le choléra se manifeste par une émission des selles liquides d’aspect eau de riz, et des signes de déshydratation dans les formes graves, pouvant se caractériser par un enfoncement du globe oculaire (énophtalmie), une sécheresse buccale, une présence des plis cutanés paresseux, etc.
Radio Panafricaine : Comment se propage le choléra ?
Dr Niclém : La propagation du choléra suit une chaîne oro-fécale, donc par la consommation de l’eau et des aliments qui sont contaminés par les selles des personnes infectées par cette maladie.
Radio Panafricaine : Quels sont les facteurs influençant la dangerosité du choléra ?
Dr Niclém : Le non-respect des mesures d’hygiène rend la maladie plus contagieuse. Sa dangerosité est influencée par la promiscuité (une densité de la population), un accès difficile à l’eau potable, la concentration de la population dans des camps de déplacés, l’âge (les enfants et les vieux sont plus vulnérables), l’état de santé d’une personne contaminée…
Radio Panafricaine : Dans un contexte particulier de Goma et Kinshasa, deux mégalopoles, y a-t-il ce que vous reprochez à l’autorité politique sanitaire d’un côté et à la population de l’autre, et qui pourrait jouer un rôle prépondérant dans la persistance du choléra au point d’en faire une endémie ?
Dr Niclém : Oui ! Kinshasa et Goma sont des mégalopoles où les mesures d’hygiène ne sont malheureusement pas respectées.
L’autorité politique sanitaire n’a pas su organiser la prévention de cette épidémie, elle n’a pas créé des conditions possibles pour un accès pour tous à l’eau potable. Elle n’a pas interdit le fonctionnement de certains fast-foods et restaurants malsains (Malewa à Kinshasa), en mettant des stands de lavage de mains comme cela se faisait à l’époque du coronavirus et d’Ebola, et en rendant disponible le vaccin contre cette maladie, en menant des campagnes de sensibilisation sur cette maladie…
L’absence de toutes ces mesures n’a pas rendu possible un climat de lutte contre le choléra. C’est un signe que d’importantes failles ont été signalées et ont bloqué toute émergence de solutions holistiques au choléra qui décime pourtant des vies.
La population, victime directe de cette pathologie, n’a pas été en mesure d’éviter certaines pratiques, entre autres la consommation de crudités et d’aliments mal cuits, le non-lavage des aliments avant leur préparation, le fait de ne pas entretenir les toilettes ainsi que le non-respect des mesures hygiéniques. Tous ces comportements, entretenus par la population, probablement par ignorance, ont permis au choléra de se propager sans entraves.
Lire aussi : Choléra et Mpox, un double poids sanitaire sur les épaules du continent
Radio Panafricaine : Selon le centre de contrôle des maladies sur le continent, Africa CDC, le monde a enregistré jusqu’à mi-2025, 182 506 cas de choléra dont 82 % en Afrique. Cela fait du choléra une préoccupation de santé qui devrait être traitée avec rigueur. À votre niveau, que faire pour endiguer ce choléra qui s’érige désormais en fléau ?
Il est possible d’endiguer le choléra. Et cela doit se faire dans une lutte multisectorielle. Là, la population, les soignants, les autorités politiques, l’Union africaine, l’OMS… tous doivent faire quelque chose, chacun à la limite de ses moyens, pouvoirs et capacités.
A. La population doit faire du mieux possible pour avoir un accès à l’eau potable, faire ses selles dans les toilettes, bien laver les aliments (surtout les fruits et légumes) avant leur préparation, se laver régulièrement les mains avec du savon ou de la cendre en cas de manque de savon.
B. Les soignants doivent isoler les patients atteints ainsi qu’informer la population sur les mesures prophylactiques à prendre le cas échéant.
C. Les autorités politiques doivent mettre en place une politique sanitaire mettant un accent sur la prévention de la maladie, élargir la campagne de vaccination, couper toutes les pratiques maintenant la chaîne de transmission, rendre disponibles et accessibles à tous les traitements de cette maladie, concevoir des politiques de vulgarisation et de sensibilisation des masses sur les dangers et les moyens de prévention du choléra.
D. L’Union africaine doit contribuer à pacifier les pays en conflit afin d’éviter les déplacements des populations, facteur de pérennisation du choléra. Elle doit privilégier une politique continentale visant à créer des emplois qui permettraient d’éviter l’exode rural.
E. L’OMS doit soutenir les pays touchés par le choléra pour éviter sa propagation à travers d’autres pays, dans le but d’éviter qu’il ne devienne une pandémie.
Radio Panafricaine : Avez-vous quelque chose à ajouter à tout ce autour de quoi a porté notre entretien sur le choléra ?
Dr Niclém : Tenons-nous les coudes pour lutter contre le choléra, car il est possible d’en finir, pourvu que chacun s’y implique.
Docteur Clément Ntawiha, vous êtes médecin traitant à l’hôpital « Padiyath Medicity », communément appelé Hôpital du Cinquantenaire, à Kinshasa, en République démocratique du Congo, nous vous remercions d’avoir répondu à nos questions !
Dr Niclém : Merci beaucoup. Ce fut un grand plaisir d’échanger avec votre prestigieuse radio autour de cette question hautement cruciale pour sauver des vies humaines.
Lire aussi : Ces plastiques, un cimetière pour l’humanité
John TSONGO : Cofondateur de la Radio Panafricaine, journaliste et écrivain africain, passionné des questions de science, d’environnement et de recherche de solutions aux problèmes du millénaire.
