Les émissions des gaz carboniques CO2 provenant des énergies fossiles ont atteint 39,9 milliards de tonnes, entre 1970 et 2018. Ces émissions issues à 39% de la combustion de charbon, contre 30 % du pétrole et 19 % pour le gaz naturel, ont secoué incroyablement la couche d’ozone, laissant place au bouleversement climatique. Non seulement ces gaz sont une source de polluants atmosphériques, mais aussi nocifs pour la santé humaine, rappelle un.org, d’où la nécessité de mettre en place des financements nécessaires pour aider les pays vulnérables à en découdre avec les effets dudit changement.
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Ce qui inquiète pour l’instant, c’est qu’en lieu et place de leur réduction, ces gaz ne font que s’accentuer davantage, aggravant significativement les risques d’exposition des êtres humains aux rayons solaires nocifs. Les données croisées des statistiques sur le développement durable et celles de Geo.fr, attestent pour l’heure, qu’il y a eu entre 1970 et 2018, une multiplication de ces gaz par 2,4 alors qu’en seulement 2024, l’on a noté une augmentation de 0,8 % par rapport à 2023. S’il faut s’y atteler, l’on pourrait estimer qu’à elles seules, ces données sont une alarme suffisante pour interpeller ceux qui sont sensés agir pour renverser la vapeur.
Mais qui le fait ?
Qui le fait, quand on sait que presque tous les indicateurs de la réduction des polluants sont en berne ? L’on ne s’en remet pas, quand on réalise par qu’à en croire le centre régional d’information des Nations unies pour l’Europe occidentale (UNRIC), le premier “bilan mondial” de la COP28 avait clairement souligné une urgence de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 43% d’ici 2030. Si respecté et atteint, ce bilan encourageait également fortement les différentes parties à tripler les capacités d’énergies renouvelables pour 2025, ce qui n’est pourtant pas le cas.
Un statuquo
Depuis 2009 que les pays pollueurs acceptaient théoriquement de débourser 100 Milliards de dollars chaque année pour aider les pays pauvres à faire face au changement climatique, il n’en semble avoir ressorti grand-chose. Cette matière qui n’a manqué à aucun des rendez-vous des conférences et salons sur les enjeux climatiques, est malheureusement restée sans issue de pointe.
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Bien en revanche, alerte TV5 Monde, les années actuelles 2024 y compris, l’on ne fait que vivre les rendez-vous malheureux des catastrophes naturelles en lien avec le climat. Les catastrophes ne se sont faites que reproduire incluant inondations records en Espagne, au Congo-Kinshasa tout comme au Kenya, montée des eaux des lacs au Burundi tout comme à Uvira et Kalemie coté RDC toujours, violentes tempêtes en Floride et en Caroline du Nord aux Etats-Unis, incendies de forêt en Amérique du Sud et j’en passe. S’il n’aurait fallu que des catastrophes pour toucher les cœurs des pollueurs, les dégâts sans précédents auraient souligné incontestablement l’urgence climatique et la nécessité d’agir… Mais hélas !
Faut-il espérer aux résultats de la COP29 pour changer la donne ?

Partant de l’agenda prédéfini marié aux vœux des conférences précédentes, la COP29 ne consisterait qu’à murir les discussions et débloquer les fonds pour financer les pays moins évolués enfin de leur doter des ressources nécessaires « pour faire face aux besoins réels ». Pourtant, ce qui s’y passe ne semble montrer qu’une population qui n’est devenue que l’ombre d’elle-même.
Si les porte-voix des victimes ne jurent que par le décaissement des fonds pour « accélérer la transition énergétique », les pays pollueurs n’en voient qu’une opportunité de business, sans se mettre d’accord sur une possible libération des moyens en termes de subventions plutôt que de prêts.
Énergies renouvelables, justice climatique et rigidité des pro-fossiles, de la diversion à la distraction ?
Deux camps s’affrontent à la COP29, entre les victimes et ceux qui font des victimes. Pour les victimes, les longs engagements non suivis d’effets ne suffisent plus. Non seulement il faut lever des subventions, mais aussi et surtout, il faut abandonner les énergies fossiles pour entreprendre dans les énergies vertes faisant office aux sources éoliennes, solaires, l’hydrogène vert et j’en passe.
S’invitant dans le débat à l’occasion de la Journée de l’énergie, Teresa Anderson, responsable mondiale de la justice climatique à ActionAid International essaie de faire voir que « Pour accélérer la transition énergétique, il faut que la COP29 débloque les fonds ». Et pour accélérer les efforts de mitigation des impacts dévastateurs générés par des énergies fossiles, Teresa encourage la mise en place d’un agenda clair avec « Un objectif ambitieux en matière de financement climatique, d’une valeur de plusieurs billions de dollars par an… » Et pour elle, un tel fonds est nécessaire pour aider les pays en développement, « qui croulent déjà sous les dettes liées aux impacts climatiques, à se permettre de développer les énergies renouvelables et de sortir de l’ère des combustibles fossiles ».
Si Teresa croit en l’importance d’un pareil agenda à booster de façon objective « la lutte contre le changement climatique » elle souligne en outre comme d’ores et déjà, l’impératif de faire des financements débloqués, des « subventions aux gouvernements plutôt que sur les prêts et les financements privés ».
Un pari pareil permettra, laisse-t-elle convaincre, « d’assurer une transition énergétique juste » qui ne consiste plus cette-fois à seulement remplacer la technologie par des solutions fugaces, mais la mise sur pieds d’une transition énergétique responsable devant « impliquer activement les communautés et investir dans les infrastructures, la formation, les protections sociales et les moyens de subsistance durables ». Mais elle nuance : «Les décisions antérieures de la COP concernant la transition vers l’abandon des combustibles fossiles et la mise en place d’un fonds pour les pertes et dommages causés par les catastrophes n’auront aucun sens si elles ne sont pas suivies d’effets… », Dit-elle.
Adoption des énergies propres : plus de bien que de mal
« Chaque jour, plus de 2,5 milliards de pieds cubes de gaz naturel sont brûlés à la torche dans le delta du Niger, libérant des polluants qui ont empoisonné les sources d’eau, détruit les terres agricoles et rendu les gens malades. Cette communauté autrefois dynamique n’est plus que l’ombre d’elle-même’’, informe mélancoliquement Friday Ogezi, conseiller en justice climatique pour le Liberia et le Nigeria chez ActionAid International. Telle est une éloquence des effets désastreux des énergies fossiles sur les communautés locales comme sur leur environnement naturel.
Pourtant, sauver ces communautés consiste uniquement à se fixer des objectifs clairs suivis d’actions concrètes. Et c’est pour cela que plaide Teresa, faisant prévaloir que « l‘adoption d’un nouvel objectif ambitieux en matière de financement de la lutte contre le changement climatique afin d’accélérer l’abandon des combustibles fossiles sera bien moins coûteuse que l’escalade des coûts liés à l’emballement de la dégradation du climat ».
Qui promouvoir entre les fossiles et les vies humaines ?
La question fait débat. Qui, entre les énergies fossiles et les communautés locales faut-il laisser vivre ? Faucher les populations autochtones pour installer des puits d’extractions du pétrole, du gaz ? C’est visiblement ce que soutiennent les fossiliers, une opinion reçue comme un coup de foudre par les défenseurs des victimes.
« Lors de cette conférence des parties, il est important de veiller à ce que les besoins des communautés vulnérables soient pris en compte en priorité dans les conversations et les décisions relatives à la transition énergétique », plaide Friday Ogezi. Pour lui, impossible de différencier les voleurs classiques des pétroliers, car dénonce-t-il, « les compagnies pétrolières ont volé notre avenir ». Ce comportement des pays pollueurs est aussi denoncé par Teresa Anderson qui se désole que « les pays riches tentent de transformer les négociations sur le climat en une entreprise lucrative ».
Qu’exigent les autochtones ?
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« Nous exigeons une transition juste soutenue par un financement adéquat sous forme de subventions. Le temps des promesses creuses est révolu. Il est temps d’agir », lâche Ogezi au nom des populations autochtones. Pour plusieurs, le scénario tragique des communautés du delta du Niger, rappelle « brutalement le coût humain des combustibles fossiles ». Ces pays qui endurent et payent les coûts durs du changement climatique depuis des années, ont, plaide encore Teresa ; besoin d’un financement du climat « qui les aiderait à assurer leur sécurité et celle de la planète ».
Alors que les pays victimes se cramponnent à réclamer justice, les pays riches s’entêtent et ignorent les dégâts et dommages subis suite au changement climatique. Les différents plaidoyers menés par les porte-voix des victimes porteront-ils des fruits ? À l’avenir de trancher.
John TSONGO, journaliste scientifique spécialisé en questions de science, santé et environnement, chercheur, écrivain et cofondateur de la Radio Panafricaine
