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COP30 à Belém : un rendez-vous de tous les enjeux ? - PANA RADIO
COP30 à Belém : un rendez-vous de tous les enjeux ? - PANA RADIO

 Entre affrontements diplomatiques, bataille autour des fossiles, guerres de l’information et « verdissement » discutable des industries, la COP30 révèle l’état réel de la lutte climatique mondiale — fragile, conflictuel, mais encore riche de possibles.

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Belém, ville amazonienne à la fois vibrante et saturée, est devenue en novembre 2025 l’épicentre de toutes les contradictions climatiques du monde. Dans les allées immenses du centre de convention, l’air est chaud, humide, et chargé de slogans. Les peuples autochtones entonnent des chants ancestraux pour dénoncer la « guerre contre la nature », tandis que les délégations officielles, badges serrés contre la poitrine, marchent vite pour éviter les caméras lors des actions militantes. Autour d’eux, plus de 1 600 lobbyistes du secteur pétrolier arpentent les couloirs, un record selon les ONG.

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La COP30 n’est pas seulement un sommet climatique. C’est un miroir cruel de la situation mondiale : ambitions fragiles, intérêts divergents, alliances impossibles, influence des industries fossiles, mais aussi résurgences d’espoir, innovations politiques et mobilisations inédites.

Fossiles : la promesse de la COP28 qui s’effrite

Depuis Dubaï, en 2023, les États s’étaient engagés à engager une « transition hors des énergies fossiles ». Une avancée qualifiée d’historique — mais dont les contours restaient flous.

Deux ans plus tard, Belém expose la dure réalité : l’accord est difficile à traduire en actes. La proposition du président brésilien Lula d’élaborer une « feuille de route crédible » pour la sortie du pétrole, du gaz et du charbon a marqué l’ouverture du sommet. Mais le consensus est loin.

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Des militants en colère, des industriels rassurés

A Belém, les actions se succèdent : pancartes « Amazonie libre de pétrole et de gaz », performances artistiques dénonçant l’impunité climatique, interventions publiques de leaders autochtones. Ces voix rappellent l’urgence : l’Amazonie, déjà proche du point de bascule, ne peut absorber davantage d’extractions fossiles ou de déforestation.

Mais en miroir, la présence massive de lobbyistes témoigne d’un rapport de force bien réel : l’industrie fossile ne recule pas — elle s’adapte, multiplie les promesses technologiques, finance des pavillons entiers et propose des récits séduisants d’une « transition pragmatique ».

Un tabou géopolitique encore intact

Au niveau gouvernemental, le sujet reste explosif : Les producteurs de pétrole refusent toute formulation évoquant une « sortie ». Plus encore, certains pays émergents acceptent une réduction, mais en échange d’un renforcement massif des financements climatiques. Les pays industrialisés, eux, appellent à la cohérence… tout en poursuivant l’exploitation de nouveaux gisements. Ainsi constaté, l’on pourrait dire que Belém révèle donc ce que beaucoup craignaient : Un bataille des fossiles qui ne fait que commencer.

Chine–Europe : coopération fragile, rivalités assumées

Le deuxième retour de Trump à la maison blanche a perturbé plusieurs choses : sur son ordre, les USA se sont retirés de l’accord de Paris, se déduisant en un choc diplomatique majeur. Loin de là, pour penser panser cet acte de Trump, d’aucuns optimisaient pour un rapprochement stratégique entre l’Union européenne et la Chine pour maintenir le cap climatique mondial. Mais à la COP30 c’est plutôt l’inverse qui se confirme l’inverse : cette alliance reste un mirage pour des raisons évidentes :

Tensions commerciales et soupçons stratégiques

Le vice-premier ministre chinois Ding Xuexiang présent à la COP30 insiste sur « la suppression des barrières commerciales pour les produits verts » : batteries, véhicules électriques, panneaux solaires. L’Europe écoute, crispée. Car derrière l’argument climatique, Bruxelles voit aussi la stratégie d’un géant industriel voulant inonder le marché.  En réponse, Emmanuel Macron demande « d’élargir la base des contributeurs à la finance climatique » — un message clair : en tant que premier émetteur mondial, la Chine doit payer davantage. Pékin refuse, invoquant son statut historique de pays en développement.

Une relation froide, presque glaciale

En public, sourires et formules diplomatiques. En coulisses, selon plusieurs négociateurs, « c’est plus froid encore ». Les deux blocs ont besoin l’un de l’autre pour sauver l’accord de Paris, mais chacun avance ses intérêts économiques, industriels et stratégiques. Belém en est le théâtre.

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COP 30, une autre bataille moins visible : l’intégrité de l’information

Pour la première fois dans l’histoire des COP, la lutte contre la désinformation climatique fait l’objet d’une initiative officielle majeure. Fake news sur la transition énergétique, campagnes de doute orchestrées, brouillage de la science : ces phénomènes affaiblissent les sociétés et ralentissent les politiques climatiques. Le Brésil, pays hôte, a soutenu la création d’un Fonds mondial pour l’intégrité de l’information climatique. C’est une avancée, bien qu’enjeu sous-estimé.  Ladite initiative a aussitôt reçu selon les sources près la COP, près de 450 projets, dont les deux tiers émanent du Sud global. L’objectif est ainsi de :

  • Renforcer les médias locaux,
  • Rrotéger les scientifiques,
  • Traquer les manipulations,
  • Sécuriser l’espace du débat public.

Pour la présidence brésilienne, il s’agit d’une priorité démocratique : sans information fiable, aucune trajectoire climatique ne peut durablement être acceptée ni mise en œuvre.

L’agro-industrie brésilienne : offensive de communication

Autre protagoniste majeur de la COP30 : l’agro-industrie brésilienne, au cœur des controverses sur la déforestation, les incendies et la pollution.

Soudainement, le secteur se présente comme une « puissance agro-environnementale ». Le mot est bien choisi, les visuels impeccables, les discours rodés. Mais pour les ONG, il s’agit d’un greenwashing (une stratégie de communication trompeuse) massif qui favorise :

  • Les sales pratiques destructrices de l’environnement ;
  • La persistance des zones de déforestation illégale ;
  • La menace des monocultures sur la biodiversité dans le monde, y compris dans la zone amazonienne.

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Un affrontement symbolique

À Belém, les manifestants ne manquent pas l’occasion de cibler le secteur : marches, happenings, prises de parole. Le message est clair : on ne sauvera pas l’Amazonie sans transformer radicalement le modèle agricole et forestier.

Entre mobilisations et sciences : une COP tendue mais essentielle

Dans les rues, les militants d’Oxfam incarnent une forme d’urgence sociale : déguisés en dirigeants mondiaux, ils dénoncent « l’inaction des gouvernements ».

Leur message résonne avec les constats scientifiques : le seuil de +1,5°C est de plus en plus menacé, et chaque dixième de degré supplémentaire amplifie catastrophes, inégalités et instabilités.

La France et l’Union européenne veulent sauver l’ambition

Paris est arrivé à Belém avec un message clair :

  • Accélérer la sortie des fossiles (au moins progressivement),
  • Renforcer la coopération scientifique,
  • Améliorer l’alerte précoce et la protection des populations vulnérables,
  • Soutenir les projets liés aux pertes et préjudices à partir de 2026.

L’Union européenne tente d’incarner un pôle de stabilité climatique. Mais sans les États-Unis, affaiblis politiquement, ni la Chine, réticente à assumer de nouvelles obligations, cette ambition reste fragile.

Amazonie : le cœur battant — et blessé — de la COP

Belém n’est pas un décor neutre. C’est un rappel permanent de ce qui se joue à l’échelle planétaire. L’Amazonie, poumon terrestre, régulateur climatique et sanctuaire de biodiversité, est au bord du basculement. Si la dégradation dépasse un certain seuil, la forêt pourrait se transformer en savane, libérant des gigatonnes de carbone et affaiblissant irréversiblement la lutte climatique. Voilà qui fait que les peuples autochtones soient convaincus que la COP est une scène de vérité. Lors de leurs différentes manifestations les plus remarquables à la COP30, reconnaissons-le, leurs interventions, leurs chants et leurs discours rappellent l’essentiel :

  • Protéger les territoires,
  • Empêcher les nouvelles exploitations fossiles,
  • Garantir leurs droits,
  • Préserver les savoirs traditionnels.

Loin des négociations techniques, leur présence incarne ce que la COP a parfois tendance à oublier : le climat n’est pas seulement un problème d’émissions — c’est une question de justice, de survie et de dignité.

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Ce que révèle vraiment la COP30

Belém offre une image exacte — parfois douloureuse — de l’état du monde face au climat. Cela s’illustre notamment par :

  1. Un multilatéralisme usé, mais indispensable : Malgré les tensions, aucun pays ne veut voir l’architecture de l’accord de Paris s’effondrer.
  2. Des intérêts économiques encore plus forts que l’urgence climatique : Entre batteries chinoises, agro-industrie brésilienne et pétroliers omniprésents, la transition reste freinée par les puissances industrielles.
  3. Des sociétés civiles plus fortes que jamais : Leur créativité, leur pression, leur capacité à produire des récits alternatifs sont devenues cruciales.
  4. Des initiatives nouvelles qui pourraient tout changer : La lutte contre la désinformation, les financements pour l’alerte précoce, les projets de pertes et dommages : autant d’outils qui dessinent un tournant possible.

Une COP sous tension, mais pas sans espoir

La COP30 n’est ni un échec, ni une révolution.

Elle est un révélateur : celui d’un monde à la croisée des chemins. Belém montre qu’il est encore possible de sauver l’accord de Paris et de préserver le seuil de 1,5°C — mais seulement si les engagements deviennent contraignants, si les fossiles cessent d’être intouchables, et si la coopération internationale se réinvente.

Cela suppose évidemment de dépasser les rivalités commerciales, de renforcer la transparence, d’écouter les peuples autochtones, de cesser le greenwashing industriel, et d’investir massivement dans la justice climatique.

L’Amazonie l’exige.

La planète l’exige.

Et les peuples du monde, déjà frappés par les sécheresses, les inondations et les crises sociales, n’attendront pas éternellement.

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John TSONGO : cofondateur de la radio Panafricaine, Journaliste et écrivain Africain, passionné des questions de science, d’environnement et recherche des solutions aux problèmes du millénaire